Une Diva pour une Diva Interview de Varduhi Khachatryan, chanteuse lyrique

Elle est un personnage bien connu dans le milieu artistique et culturel genevois. Varduhi Khachatryan, grâce à l’association Avetis, qu’elle a fondée il y a plus de 10 ans, nous offre la possibilité de découvrir la musique classique, en particulier l’opéra. Cependant, peu de personnes sont conscientes de son statut de véritable Diva d’opéra mondialement reconnue, ayant remporté de nombreux prix internationaux et distinctions, y compris le prestigieux prix Maria Callas. Récemment, elle nous a accueillis avec modestie et gentillesse pour échanger sur son nouveau spectacle avec Ramon Vargas et Placido Domingo, qui a lieu à l’occasion du 100e anniversaire de la mort de Puccini, le 7 juin au Victoria Hall à Genève.

Q : Pourriez-vous nous parler un peu de vous-même ?

Je suis une chanteuse arménienne d’opéra, qui réside à Genève depuis 17 ans. Il y a plus de dix ans, j’ai fondé l’association Avétis, dont le but est de développer et de faire connaître l’identité, la culture et la langue arméniennes, enfin de mener, de promouvoir et de réaliser des échanges culturels et artistiques helvético-arméniens. Au Victoria Hall, des événements exceptionnels sont organisés avec des musiciens de renommée internationale. Nous avons célébré notre dixième anniversaire l’année dernière en compagnie d’artistes renommés, tels que Placido de Domingo.

 

Q : Pourriez-vous nous parler de votre collaboration avec Placido de Domingo ?

C’était la première fois qu’on a fait un évènement avec lui. Il s’agissait du centième anniversaire de Maria Callas. Comme j’avais été lauréate du grand prix Maria Callas, et vu qu’elle est mon idole, on a organisé plusieurs concerts dédiés à elle. Déjà pour le 99e anniversaire de Callas, on avait organisé un concert au Victoria Hall où j’ai chanté avec Angela Gheorghiu.

Pour le 100e anniversaire, j’ai réfléchi à qui conviendrait pour chanter dans un concert dédié à Callas, et j’ai pensé à Placido de Domingo, qui n’avait jamais chanté à Genève. Maria Callas est considérée comme LA diva parmi les chanteuses lyriques, tandis que le roi de l’opéra, parmi les hommes, c’est Placido de Domingo. J’ai donc décidé de solliciter Domingo.

Vu son âge avancé, son entourage m’a dit qu’il ne chante plus un concert entier tout seul, donc il fallait une seconde personne. J’ai donc proposé ma participation, et Placido de Domingo a accepté de chanter avec moi. Ces dernières années, Placido de Domingo a changé de répertoire à cause de son âge. Sa voix est descendue, et il chante aujourd’hui comme barytone. Pour un gala de cette envergure, il fallait donc un ténor, et on a invité le grand ténor arménien Hovhannes Ayvazyan.

On a formé un trio, Placido Domingo, Hovhannes Ayvazyan et moi, sous la baguette du chef d’orchestre célèbre Frédéric Chasselin. Ç’a été un succès énorme, bien que quelques journalistes écrivent que Domingo est déjà trop âgé, ne devrait plus chanter, qu’il devrait laisser la place aux jeunes. Ç’a été un concert inoubliable car il a chanté superbement même à cet âge-là.

Q : Quel âge a-t-il ?

Il a 83 ans. Cette année, il aura 84 ans. Il chante encore et son agenda est plein, plein, plein. C’est très difficile de trouver une date où il est disponible parce qu’il chante partout et connaît un grand succès.

Q : Combien de temps avez-vous mis pour tout mettre en place ?

Il a fallu deux ans pour trouver une date qui le convenait, et de se mettre d’accord sur les modalités. Il est le plus cher de tous les chanteurs d’opéra. Notre association fonctionne avec des parrains, et en trouver pour cet événement a été très difficile, d’où les deux années d’efforts. Tout de suite après avoir réussi, on a fixé la date pour cette année.

Deux mille vingt-quatre c’est le centième anniversaire de la mort de Puccini. Partout, on organise des concerts, y compris dans les grands théâtres lyriques où les artistes, voire tout le monde, honorent Puccini.

Et moi aussi, j’ai consacré cette saison à Puccini, raison pour laquelle j’ai invité l’un des meilleurs interprètes de Puccini et du Belcanto, Ramon Vargas, très grand ténor lyrique. Placido de Domingo, en plus d’avoir chanté pendant 40 ans de sa vie, dirige aussi des opéras. Au fait, il a dirigé tous les opéras de Puccini sauf Suor Angelica.

Pour moi, il était évident qu’il fallait inviter Domingo comme chef d’orchestre. Le public genevois l’a déjà entendu chanter l’an passé. Cette fois, le public va l’entendre comme chef d’orchestre.

Q : A vous entendre, cela paraît tellement facile d’organiser un tel évènement.

Cela implique un travail gigantesque. Nous ne sommes que quatre personnes dans notre association pour accomplir ce qui est facilement le travail d’une vingtaine – en fait le nombre de personnes qu’il faut pour une telle tâche.

Il est extrêmement difficile d’organiser tout et en même temps de chanter dans le concert, parce que jusqu’au dernier moment, au lieu de chauffer la voix et me faire maquiller, je dois m’occuper des invitations et des menus détails de dernière minute. Si c’est très prenant, c’est également un grand plaisir de pouvoir travailler avec de grands musiciens avec qui j’ai envie de chanter.

Je suis une grande enthousiaste de toutes les musiciennes que j’ai invitées tels que Elīna Garanča, Joyce DiDonato, Angela Gheorghiu. Depuis ma jeune enfance j’ai écouté Angela Gheorghiu, et plus tard, j’ai également écouté Joyce Donato et Elīna Garanča. Chanter avec elles, c’est la réalisation d’un grand rêve.

Q : Parlons un peu de vous et de vos journées de travail. Combien de temps chantez-vous chaque jour ?

Pour rester en forme, je chante tous les jours, au moins une heure. Il faut toujours chauffer la voix et vocaliser pour que les cordes vocales restent constamment en forme.

Q : Le monde lyrique est un monde à part que la majorité des gens ne connaissent pas. Je suppose que c’est également un monde où la concurrence est rude. Est-ce bien le cas?

Effectivement, la concurrence est forte car il y a de nombreuses organisations à Genève qui organisent des concerts.

Aujourd’hui, pour les chanteurs, et surtout les sopranos, la concurrence peut être féroce. Grâce à Internet, le niveau des chanteuses et des chanteurs s’est amélioré sensiblement. Tout le monde peut donc écouter beaucoup de musique superbe, en plus de suivre des master classes. Ceci permet une formation impressionnante qui n’était pas à la portée de tout le monde auparavant. Donc, aujourd’hui il y a une abondance de voix de haut niveau.

Q : Lorsque vous êtes devant le public sur la scène, est-ce qu’il vous arrive d’avoir peur ?

Non, je n’ai pas peur. C’est peut-être grâce à mon prof en Arménie qui me disait qu’il faut aimer le public et ne pas en avoir peur. Autrement dit, il faut aimer chanter pour le public.

C’est rentré dans mon corps et mon esprit. Quand je suis sur la scène je partage tout avec le public. J’adore ce moment sur la scène, j’adore voir les yeux des spectateurs émus, contents. Pour moi, être sur la scène, c’est un moment de bonheur.

Q : Pourriez-vous nous parler de votre carrière artistique en tant que chanteuse lyrique ?

Dans le passé je voyageais beaucoup, mais depuis que je suis au Grand Théâtre, je voyage nettement moins. J’ai dû refuser beaucoup d’invitations parce que je ne pouvais pas m’absenter de Genève, et du coup j’essaye de reporter toutes mes invitations aux vacances et aux jours de congé.

Vu que je suis toujours libre en été, je chante dans les différents festivals lyriques. Je vais prochainement partir en Sicile où je vais chanter dans un concert dédié à Maria Callas.

Ma voix est un peu particulière. Je chante les parties de mezzo, contralto, soprano lyrique, soprano dramatique, soprano colorato. Maria Callas chantait aussi toutes ces parties. Aujourd’hui, la plupart des artistes ont une voix spécifique et ne chantent que le répertoire qui convient à cette voix.

Quant à moi, je chante Wagner, Rossini , Verdi, Bel Canto, Baroque et du contemporain, autrement dit je chante tout. Pour Verdi et Wagner, il faut avoir une grande voix capable de rivaliser avec un grand orchestre de 100 musiciens. Pour Rossini  , il faut une voix agile. Moi, j’ai les deux.

C’est pourquoi on m’invite à chanter Maria Callas. Ce n’est pas seulement parce que je suis lauréate du prix Maria Callas et que je suis vraiment une grande admiratrice de Maria Callas, mais parce que je chante exactement son répertoire, de Carmen, mezzo-soprano, aux parties de coloratura, comme Titania.

Q : Le spectacle dure en moyenne 4 à 5 heures. Est-ce que vous connaissez toutes les paroles par cœur ? Toutes les paroles ?

Presque tout le monde me pose cette question. Vous apprenez tout par cœur, dans différentes langues. Je chante dans six à sept langues, déjà dans les quatre langues de l’opéra, c’est-à-dire l’italien, le français, l’allemand et le russe, mais aussi en latin et en espagnol. Il faut tout comprendre et tout savoir, même s’il s’agit d’une langue que je ne parle pas comme par exemple l’espagnol. Je parle italien, et c’est presque ma langue maternelle. L’Italie est déjà mon pays de  prédilection, la terre que j’adore, et dans laquelle j’ai vécu pendant cinq ans, plus précisément en Sicile. Depuis mon enfance j’adorais l’italien et j’ai étudié l’italien. Au conservatoire j’étais obligée d’apprendre l’italien pour l’opéra, c’est la première langue que tous les chanteurs d’opéra parlent.

Q : Quelles sont les autres langues que vous parlez ?

Je parle arménien, russe, italien, français, un peu anglais, mais le plus faible c’est l’allemand pour moi.

Q : Est-ce qu’il y a une sorte de solidarité entre vous, les chanteurs ?

Bien sûr, j’ai beaucoup d’amis dans le monde de la lyrique et ça m’a beaucoup aidé pour mon association parce que c’est très difficile de tout organiser toute seule. Je contactais toujours les agents pour organiser des concerts, mais c’est beaucoup plus facile de parler directement avec les artistes.

J’avais une très belle carrière il y a 20 ans et je chantais avec des grands comme Montserrat Caballé, Angela Gheorghiu… J’ai gardé toute l’amitié avec tout le monde avec qui j’ai chanté et ça m’a beaucoup aidé.

Q : On a souvent remarqué que c’est avec l’âge que les gens aiment le plus l’opéra. Comment  expliquez-vous cela ?

C’est une très bonne question. J’ai entendu plusieurs fois de différentes personnes dire que l’opéra va mourir. Je dis le contraire, que l’opéra restera toujours, et que le public de l’opéra sera le public le plus âgé. Il n’y aura pas un public vraiment jeune pour l’opéra. Cela peut être le cas pour Mozart et pour certains opéras de Verdi, mais après, pour les autres opéras tels que ceux de Wagner, de Puccini, il faut que les gens soient adultes. Pour moi, il faut que les gens soient plus mûres, plus cultivés, pour aimer l’opéra.

Aujourd’hui j’entends partout que les directeurs des théâtres lyriques souhaitent que public soit plus jeune. Il y a beaucoup de très belles mises en scène contemporaines avec les opéras baroques, mais il ne faut pas que ce soit vraiment une idée fixe de toujours mettre quelque chose de contemporain pour que le public soit plus jeune. Il faut laisser l’opéra tranquille et laisser aux adultes et aux personnes âgées écouter l’opéra.

Il existe aussi de petites versions d’opéra pour apprendre aux enfants à écouter de la musique classique. Il faut éduquer l’enfant à écouter la musique classique, mais l’opéra doit toujours avoir son public âgé.

Q : Parlez-nous un peu de Ramon Vargas. Avez- vous chanté avec lui dans le passé ?

Non, c’est la première fois que je vais chanter avec lui. II est très connu, une grande vedette mexicaine et un grand chanteur parmi les artistes lyriques.

Q : Est-ce que la billetterie est ouverte ?

Oui, il faut se dépêcher pour acheter les billets. L’année passée quand on a organisé le concert du gala de Maria Callas avec Placido de Domingo, on a ouvert la billetterie, et la salle affichait « complet » 40 jours avant le concert.

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7 juin 2024, 19h30
VICTORIA HALL
OPERA GALA
Dédié au 100ème anniversaire de la mort de PUCCINI
 
Orchestra Sinfonica G. Rossini
Plácido Domingo, direction
Ramón Vargas, ténor
Varduhi Khachatryan, soprano

OPERA GALA dédié au 100ème anniversaire de la mort de Puccini

(1858-1924)

Dans le doux écho du temps, nous célébrons le centenaire du départ de Giacomo Puccini, un maître inoubliable de l’opéra. Sa musique, tissée de passion et d’émotion, continue de captiver les âmes, faisant vibrer les cordes sensibles de nos cœurs. En ce centième anniversaire de sa disparition, honorons l’héritage intemporel de Puccini, dont la musique continue de captiver les âmes et de vibrer nos cœurs.

PLACIDO DOMINGO, légende vivante de l’opéra et ténor de renom, s’est distingué en tant que l’un des meilleurs chefs d’orchestre-interprètes des œuvres de Puccini. À travers les décennies, il a dirigé les opéras de Puccini dans les plus prestigieuses maisons d’opéra, captivant les publics par sa maîtrise et sa profonde compréhension de la musique, offrant des moments inoubliables à chaque représentation.

RAMON VARGAS, le ténor émérite, se distingue comme l’un des interprètes les plus magistraux de l’illustre répertoire de Giacomo Puccini. Avec sa voix enchanteresse et sa profonde expression, transportant le public dans l’univers captivant de Puccini et offrant une expérience musicale inoubliable. Dans la lignée des grands interprètes, Ramon Vargas érige un pont entre le génie musical de Puccini et l’âme du public, créant ainsi une expérience inoubliable.

VARDUHI KHACHATRYAN, soprano suisse-arménienne, illumine les œuvres de Puccini avec ta voix de velours et son interprétation émouvante, plongeant au cœur de l’amour, de la tragédie et de la passion. Son talent exceptionnel crée une symphonie d’émotions, faisant d’elle une ambassadrice inoubliable du génie musical de Puccini.