Samira Sitaïl, quand la diplomatie devient art de la relation

De la télévision marocaine à l’ambassade du Royaume à Paris, Samira Sitaïl incarne une génération de diplomates pour qui représenter un pays signifie aussi expliquer, écouter, rapprocher et, lorsque les relations se crispent, contribuer patiemment à renouer les fils du dialogue.

De Lalla Aïcha, première ambassadeure du monde arabe en 1965, à Samira Sitaïl aujourd’hui à Paris, la diplomatie marocaine a toujours su faire du visage féminin une signature et c’est aussi celui d’une relation franco-marocaine en pleine reconstruction.

Franco-marocaine et appartenant à cette diaspora dont l’histoire intime se partage entre deux rives, j’ai assisté, le 30 juillet dernier à Paris, à la réception donnée à l’occasion du 27e anniversaire de l’accession au Trône de Sa Majesté le roi Mohammed VI. Au Pavillon Dauphine, parmi les représentants du monde politique, diplomatique, économique et culturel, une impression s’est une nouvelle fois imposée à moi, celle de la présence singulière de Samira Sitaïl. Non pas seulement la présence protocolaire d’une ambassadeure, mais celle d’une femme qui paraît avoir fait de la disponibilité une méthode diplomatique. Toujours présente pour répondre, expliquer, éclairer un contexte, dissiper un malentendu, établir un contact ou faciliter un rapprochement, elle donne de la représentation du Royaume une image à la fois ferme dans ses convictions et accessible dans sa manière d’être.

Il est difficile, lorsqu’on connaît les années de tensions traversées par Paris et Rabat, de ne pas mesurer le chemin parcouru depuis sa nomination. Il serait évidemment excessif d’attribuer à une seule diplomate la reconstruction d’une relation d’État à État portée au plus haut niveau par le roi Mohammed VI et le président Emmanuel Macron. Mais il serait tout aussi injuste de ne pas voir en Samira Sitaïl l’une des auteures les plus visibles, les plus dynamiques et les plus constantes de ce rapprochement. Son rôle consiste précisément à faire vivre, au quotidien, ce que les chefs d’État décident au sommet.

Lorsque le roi Mohammed VI nomme Samira Sitaïl ambassadrice du Royaume du Maroc en France, le 19 octobre 2023, le choix retient immédiatement l’attention. Le poste est vacant depuis plusieurs mois et les relations entre les deux pays traversent l’une de leurs périodes les plus délicates. La nouvelle ambassadeure ne vient pas du cursus diplomatique classique. Elle vient du journalisme, de la télévision et de la communication. Née en 1964 à Bourg-la-Reine, en France, Samira Sitaïl connaît intimement les deux sociétés dont elle est désormais chargée de rapprocher les institutions. C’est cette double culture, française par la naissance et la formation, marocaine par le choix et la carrière, qui explique, en partie, le choix du palais royal. Formée à l’université Paris-Diderot, elle construit l’essentiel de sa carrière au Maroc, où elle devient l’une des figures marquantes du paysage audiovisuel national.

Pendant plus de trois décennies, son visage et sa voix accompagnent l’évolution de la télévision marocaine. Directrice de l’information de 2M puis directrice générale adjointe chargée de l’information, elle participe au développement éditorial de la chaîne, de Radio 2M et de ses supports numériques. Documentariste, journaliste, réalisatrice de grands reportages, elle travaille aussi sur les questions liées aux Marocains établis à l’étranger et participe à de grands rendez-vous internationaux organisés par le Royaume. Autrement dit, avant même d’entrer en diplomatie, Samira Sitaïl avait déjà appris l’un de ses ressorts fondamentaux, savoir parler, mais surtout savoir à qui l’on parle. À Paris, cette expérience devient un atout. Car entre la France et le Maroc, beaucoup de crises récentes auront aussi été des crises de perception, des silences mal interprétés, des paroles médiatiques amplifiées, parfois des incompréhensions réciproques. Sa nomination intervient ainsi à un moment où le dialogue doit être rétabli autant dans les faits que dans les esprits.

L’histoire franco-marocaine est trop dense pour être réduite à une succession de crises. Les deux pays sont unis par des liens humains, économiques, linguistiques, universitaires, familiaux et culturels dont peu de relations bilatérales peuvent se prévaloir. Mais précisément parce qu’elle est intime, cette relation peut être passionnelle. En 2023, les sujets de tension sont nombreux. Les relations diplomatiques se sont refroidies. Les questions de visas ont laissé des traces. Le dossier du Sahara constitue un sujet central pour Rabat. À cela s’ajoute, après le séisme meurtrier d’Al Haouz en septembre 2023, une polémique en France autour des modalités de l’aide internationale et de la décision souveraine du Maroc concernant les équipes étrangères mobilisées. C’est dans cette atmosphère que Samira Sitaïl arrive à Paris.

Moins d’un an plus tard, un tournant majeur intervient. À l’occasion du 25e anniversaire de l’accession de Mohammed VI au Trône, Emmanuel Macron affirme que le présent et l’avenir du Sahara occidental s’inscrivent dans le cadre de la souveraineté marocaine et considère le plan d’autonomie proposé par le Maroc comme la base d’une solution politique. Cette position sera réaffirmée lors de la visite d’État du président français au Maroc. Du 28 au 30 octobre 2024, Emmanuel Macron effectue en effet une visite d’État au Royaume, à l’invitation du roi Mohammed VI. Les deux chefs d’État décident alors d’élever la relation entre leurs pays au niveau d’un « partenariat d’exception renforcé », destiné à inscrire leur coopération dans un cadre stratégique, stable et durable. Le vocabulaire choisi n’est pas anodin : il est question d’écrire « un nouveau chapitre ». Et les chiffres suivent les mots.

Lors de cette visite, plus de 10 milliards d’euros d’accords et d’investissements sont annoncés dans les domaines de l’énergie, des infrastructures, de l’industrie, de la formation, de l’innovation et de la connectivité. D’autres accords portent sur l’éducation, l’enseignement supérieur, la culture et les industries créatives. Samira Sitaïl évoquera ensuite un volume proche de 11 milliards d’euros dans cette nouvelle dynamique de coopération. La relation politique s’est donc accompagnée d’une remise en mouvement très concrète des échanges.

C’est tout le sens que prenait, à mes yeux, la réception organisée le 30 juillet 2026 au Pavillon Dauphine à l’occasion de la Fête du Trône. Autour de Samira Sitaïl et de Samir Addahre, ambassadeur et délégué permanent du Royaume du Maroc auprès de l’UNESCO, étaient réunis de nombreux responsables français et marocains. La ministre déléguée Éléonore Caroit, chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger, y représentait notamment le gouvernement français. La cérémonie, organisée conjointement par l’Ambassade du Royaume du Maroc en France et la Représentation permanente du Maroc auprès de l’UNESCO, célébrait les vingt-sept années de règne de Mohammed VI. Mais derrière le rituel national, le discours de l’ambassadrice disait aussi quelque chose de la vision que le Maroc entend aujourd’hui donner de lui-même.

D’abord, la stabilité. Dans un monde bouleversé par les conflits, les ruptures géopolitiques et les incertitudes économiques, la continuité institutionnelle est présentée comme un capital stratégique. Les vingt-sept années du règne de Mohammed VI s’inscrivent ainsi dans un temps long : celui de la transformation économique, de la modernisation des infrastructures, des réformes sociales, du développement territorial et de la consolidation de la place internationale du Royaume.

Ensuite, la relation avec la France. La soirée du Pavillon Dauphine ne pouvait être dissociée du spectaculaire réchauffement intervenu depuis 2024. La visite d’État d’Emmanuel Macron, la nouvelle position française sur le Sahara, le partenariat d’exception renforcé, les accords économiques et la multiplication des échanges ministériels constituent désormais les étapes d’une même reconstruction. Le dialogue s’est intensifié, les rencontres se sont multipliées, et la relation bilatérale a retrouvé une visibilité politique qu’elle n’avait plus connue depuis plusieurs années.

Un autre aspect du discours m’a particulièrement touchée, la place accordée aux Marocains établis en France. Pour ceux qui, comme moi, sont nés et vivent depuis longtemps en France tout en conservant avec le Maroc un attachement affectif, culturel et familial profond, la relation entre les deux pays n’est jamais une abstraction diplomatique. Elle traverse les familles. Elle accompagne les parcours professionnels. Elle se retrouve dans les universités, les entreprises, les associations, les arts, la littérature, la gastronomie et les mille gestes d’une vie quotidienne partagée entre plusieurs appartenances qui, loin de s’exclure, peuvent se féconder. Samira Sitaïl connaît cette réalité de l’intérieur. Fille de l’immigration marocaine et née en France, elle a elle-même consacré plusieurs reportages à la communauté marocaine installée à l’étranger. Cela se ressent dans la manière dont elle s’adresse à la diaspora : non comme à une périphérie du Royaume, mais comme à une composante de son rayonnement et comme à un trait d’union avec la société française. Cette capacité à comprendre les deux rives explique probablement aussi une qualité que l’on observe dans sa pratique : elle ne semble jamais considérer qu’expliquer serait superflu. Dans les relations diplomatiques comme dans les rapports humains, beaucoup de fractures commencent précisément lorsque chacun suppose que l’autre devrait comprendre. Elle, explique.

Il y avait aussi, dans cette réception, une autre présence du Maroc, plus silencieuse mais tout aussi éloquente, celle du caftan marocain, porté avec grâce par Samira Sitaïl. Dans les grandes occasions officielles, comme tant de femmes marocaines appelées à représenter le Royaume, l’ambassadrice choisit régulièrement cette tenue traditionnelle, non comme un simple vêtement d’apparat, mais comme l’expression vivante d’un patrimoine. Le caftan dit quelque chose de très profond du Maroc contemporain, un pays capable d’habiter pleinement la modernité sans effacer ce qui le relie à son histoire. Par la richesse des étoffes, la finesse des broderies, le travail des artisans, la diversité des coupes et des ornements, il porte en lui des siècles de savoir-faire transmis, transformés et sans cesse réinventés. Sur une ambassadrice, il devient presque un langage diplomatique à part entière.

Il rappelle qu’un pays se représente aussi par ses formes, ses matières, ses couleurs, ses gestes et son élégance. Dans les salons officiels, au milieu des costumes sombres et des codes internationaux de la représentation, le caftan marocain affirme une identité sans jamais la figer. Il conjugue tradition et création, héritage et modernité. Cette manière qu’ont les femmes marocaines de le porter dans les cérémonies officielles me paraît particulièrement significative. Elles ne donnent pas seulement à voir un vêtement national : elles font vivre un patrimoine. Et, par leur présence, elles montrent combien la tradition peut demeurer contemporaine lorsqu’elle n’est pas enfermée dans le passé, mais continuellement réappropriée. Chez Samira Sitaïl, cette élégance n’a rien d’ostentatoire. Elle accompagne naturellement sa fonction et ajoute à sa présence une dimension culturelle, celle d’un Maroc sûr de son identité, fier de ses savoir-faire et suffisamment moderne pour ne pas avoir à choisir entre l’héritage et le présent.

 

 

Paris et l’UNESCO, une diplomatie à deux voix

La présence aux côtés de Samira Sitaïl de son époux, Samir Addahre, délégué permanent du Maroc auprès de l’UNESCO, offre également une configuration assez singulière. L’une porte la relation bilatérale entre Rabat et Paris ; l’autre défend les positions et le patrimoine du Royaume dans l’une des grandes institutions multilatérales du système des Nations unies. Lors de la célébration du 30 juillet, leurs deux missions se rejoignaient naturellement. Car la puissance d’un pays ne se mesure plus seulement à sa diplomatie politique ou économique. Elle passe aussi par la reconnaissance de son patrimoine, de ses savoir-faire et de sa création. Le Maroc compte aujourd’hui neuf biens inscrits sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, auxquels s’ajoutent de nombreux éléments reconnus au titre du patrimoine culturel immatériel. La défense et la valorisation internationale des traditions marocaines participent pleinement de cette diplomatie culturelle. C’est dans cet esprit que s’inscrit notamment la volonté marocaine de poursuivre la reconnaissance internationale du zellige, art décoratif dont le savoir-faire constitue l’un des emblèmes les plus immédiatement identifiables de la civilisation marocaine. À Paris, bilatéral et multilatéral se répondent donc, diplomatie politique d’un côté, diplomatie patrimoniale de l’autre.

 

De Lalla Aïcha à Samira Sitaïl, soixante ans de diplomatie marocaine au féminin

Samira Sitaïl est une pionnière à Paris, elle est la première femme à représenter le Maroc en France à ce niveau. Mais elle n’a pas ouvert la voie. Elle la prolonge. Soixante ans auparavant, une autre femme marocaine avait déjà bouleversé les codes du monde diplomatique arabe. En 1965, la princesse Lalla Aïcha, fille de Mohammed V et sœur du roi Hassan II, est nommée ambassadrice du Maroc à Londres. Elle y restera jusqu’en 1969 avant de représenter son pays en Grèce puis en Italie jusqu’en 1973. Bien avant l’apparition du vocabulaire contemporain sur l’égalité et la représentation des femmes, le geste était considérable. Lalla Aïcha avait déjà marqué l’histoire du mouvement national marocain et celle de l’émancipation féminine. Moderne, cultivée, indépendante dans son allure comme dans sa parole, elle incarnait cette génération de femmes qui comprenait que l’indépendance politique d’un pays ne pouvait être séparée de l’éducation et de la promotion de ses femmes.

Non, Samira Sitaïl n’a pas ouvert la voie, elle la prolonge. Soixante ans plus tôt, une princesse bousculait déjà les codes dans les salons de l’ambassade du Maroc à Londres. Sous le règne de Mohammed VI, cette présence féminine s’est progressivement institutionnalisée. En 2016, treize femmes figurent parmi les nouveaux ambassadeurs nommés par le souverain. En 2018, de nouvelles diplomates sont envoyées dans plusieurs capitales importantes : Karima Benyaich en Espagne, Souriya Otmani au Canada, Faouzia El Achabi en Ukraine et en Géorgie, Hanane Saâdi en République tchèque. Samira Sitaïl appartient à une étape supplémentaire de cette évolution, celle où la diplomatie marocaine recrute aussi des profils issus d’autres univers professionnels.

Les chiffres témoignent de cette progression. Samira Sitaïl a rappelé que les femmes représentent désormais une part significative des ambassadeurs marocains et qu’elles occupent une place croissante dans les effectifs du ministère marocain des Affaires étrangères. Dans l’administration centrale, leur présence est désormais particulièrement importante. Sur le terrain diplomatique, en revanche, l’équilibre progresse plus lentement. La progression est donc incontestable. Mais elle ne doit pas masquer ce qui reste à accomplir. Entre une administration centrale où la présence féminine approche ou dépasse la parité dans certaines catégories et les postes les plus exposés à l’étranger, l’écart demeure réel. Il existe encore un plafond de verre diplomatique, au Maroc comme dans de nombreux pays. La meilleure manière d’honorer les avancées obtenues est précisément de ne pas dissimuler ce chemin restant.

Pourquoi, finalement, la personnalité de Samira Sitaïl retient-elle autant l’attention ? Peut-être parce qu’elle rappelle une évidence parfois oubliée : la diplomatie n’est pas seulement l’art des grandes déclarations, des sommets et des traités. Elle repose aussi sur une accumulation de gestes plus discrets. Répondre à une demande. Mettre deux interlocuteurs en relation. Prendre le temps d’expliquer. Entendre une difficulté avant qu’elle ne se transforme en contentieux. Ne pas laisser un malentendu s’installer. Savoir défendre fermement une position sans fermer la porte du dialogue. Ce sont précisément les qualités que son ancienne vie de journaliste paraît avoir transmises à la diplomate. Un journaliste doit comprendre vite, connaître ses dossiers, identifier son interlocuteur et rendre intelligible une réalité complexe. Un ambassadeur doit accomplir une part de ce travail, mais avec une responsabilité supplémentaire : sa parole engage un État. Samira Sitaïl semble avoir su faire de cette continuité professionnelle une force.

Une relation retrouvée, et cette part difficile à nommer

Lors de sa visite au Maroc en octobre 2024, Emmanuel Macron rappelait combien, entre les deux pays, ce que l’on croit acquis peut demeurer fragile. Cette remarque dit beaucoup de la relation franco-marocaine, ancienne, profonde, parfois passionnelle, mais qui exige d’être sans cesse entretenue. À l’heure où Paris et Rabat ont retrouvé un dialogue politique, économique et culturel d’une intensité nouvelle, le véritable enjeu est désormais celui de la durée. Transformer le rapprochement en confiance, la confiance en continuité, et cette continuité en une relation suffisamment solide pour résister aux inévitables divergences. C’est là que la fonction d’une ambassadrice prend toute sa dimension.

 

En observant Samira Sitaïl exercer cette responsabilité, une réflexion plus large s’impose à moi. Depuis plusieurs années, je rencontre, dans des univers très différents, des femmes occupant des fonctions de décision, de représentation ou de direction. Et souvent, sans que je sache toujours précisément le nommer, je perçois dans leur manière d’habiter ces responsabilités une dimension supplémentaire.

Non pas parce que les femmes seraient, par nature, plus diplomates, plus attentives ou plus conciliantes que les hommes. Il serait trop simple, et sans doute injuste, de les enfermer dans de telles catégories. Mais peut-être parce que l’histoire les a longtemps contraintes à conquérir leur place dans des espaces de pouvoir qui n’avaient pas été construits pour elles, certaines ont développé une attention particulière aux relations humaines, aux nuances, aux signes faibles, à ce qui se joue entre les mots autant que dans les mots. Cette différence, lorsqu’elle existe, est difficile à mesurer. Elle ne figure dans aucun organigramme, aucun bilan, aucun communiqué officiel. Et pourtant elle se ressent. Elle peut être cette capacité à rester ferme sans rompre le lien. À écouter sans renoncer à convaincre. À exercer l’autorité sans toujours éprouver le besoin de la mettre en scène. À accorder de l’importance à une réponse, à une présence, à un geste qui paraît secondaire mais qui, parfois, empêche une incompréhension de devenir une fracture.  C’est peut-être cela, ce « léger plus » que je cherche à nommer.

Une forme d’intelligence de la relation

Dans la diplomatie plus encore qu’ailleurs, elle est précieuse. Car les relations entre les États ne reposent pas seulement sur des stratégies, des intérêts et des déclarations officielles. Elles reposent aussi sur des femmes et des hommes capables de créer de la confiance, de préserver un dialogue et de continuer à parler lorsque les circonstances inviteraient plutôt à se détourner. De Lalla Aïcha à Samira Sitaïl, la diplomatie marocaine au féminin raconte ainsi autre chose qu’une progression statistique de la représentation des femmes. Elle montre que leur présence peut aussi enrichir la manière même dont une fonction est exercée. Samira Sitaïl en offre aujourd’hui, à Paris, une illustration particulièrement visible.

En quittant le Pavillon Dauphine ce 30 juillet, c’est cette image que j’ai retenue, celle d’une ambassadeure attentive à chacun, allant d’un interlocuteur à l’autre avec une énergie constante, mais aussi celle d’une femme ayant compris que représenter son pays consiste autant à porter sa parole qu’à créer les conditions pour qu’elle soit entendue. Peut-être est-ce finalement cela, la diplomatie dans ce qu’elle a de plus accompli, défendre sans fermer, convaincre sans brusquer, rapprocher sans effacer les différences. Et faire de la présence, précisément, une politique.

Paris, Fatima Guemiah