Du 13 au 18 octobre 2026, le Festival du Film Libanais de France investit l’Institut du monde arabe puis le cinéma Élysées-Lincoln pour une sixième édition marquée par la guerre, mais résolument tournée vers la vitalité d’un cinéma pluriel.
« Le Liban, qui semble condamné à vivre les pires scénarios, continue obstinément à créer, à écrire, à chanter, à filmer, à aimer la vie. » Ces mots prononcés par Nadine Labaki à Cannes en mai dernier, et repris par Sarah Hajjar, présidente du Festival du Film Libanais de France (FFLF), résument l’esprit de cette sixième édition. Car filmer le Liban, cette année encore, n’a rien d’anodin. À l’heure où l’armée israélienne continue de frapper le Sud du pays et où le risque de voir disparaître villages et paysages entiers devient tangible, le cinéma s’impose comme un acte de préservation, presque de survie.
Un festival né de la nécessité de transmettre
Depuis six ans, le FFLF s’est imposé comme le rendez-vous parisien du cinéma libanais, porté, selon les mots de sa marraine et présidente du jury Zeina Sfeir, par « des bénévoles, des étudiants, des cinéphiles » plutôt que par une grande institution. Cette année, le festival réunit 46 films en six jours, 30 courts métrages en compétition (dont seize films étudiants) et 16 œuvres hors compétition, entre documentaires et fictions pour une programmation qui refuse la vision univoque d’un cinéma réduit à la guerre et à l’exil. « Il parle aussi d’amour, de désir, de liberté, d’identités et de transmission », insiste Sarah Hajjar dans son édito. Un cinéma qui, selon elle, « dérange, questionne, invente » et « refuse les récits uniques ».
La cérémonie d’ouverture, le 13 octobre à l’Institut du monde arabe, donnera le ton avec une soirée musicale réunissant la joueuse de oud Aya El Dika, John Samy au ney et le percussionniste Hady Zaccour, suivie de la première française « d’In This Darkness I See You », thriller rural de Nadim Tabet où la mémoire et les traumatismes du passé s’entremêlent à une atmosphère fantastique.
Nadine Labaki, une génération en rétrospective
Événement de cette édition, la présence de Nadine Labaki comme invitée d’honneur donne lieu à une rétrospective de ses trois longs métrages emblématiques « Caramel (2007), Et maintenant on va où ? (2011) et Capharnaüm (2018) », pour lequel elle devint en 2019 la première réalisatrice du monde arabe nommée aux Oscars. Vingt ans après ses débuts, la réalisatrice continue, selon le festival, de « placer au cœur de ses récits les femmes, les enfants et celles et ceux que la société laisse de côté ». Elle sera présente pour échanger avec le public à l’issue de la projection de « Capharnaüm », le 17 octobre.
Le Sud du Liban, fil rouge de la sélection
Si la programmation refuse la thématique unique, l’urgence du Sud-Liban traverse pourtant nombre des œuvres présentées. « Récits de la terre blessée » d’Abbas Fahdel, Léopard de la mise en scène au Festival de Locarno 2025 et « Le Gilet cible » de Salim Saab, documentaire tourné en 2026 alors qu’Israël bombardait l’ensemble du territoire libanais, se répondent autour d’une même interrogation : qui filme la guerre, depuis où, et pour qui. Le second rend hommage aux journalistes libanais tués dans l’exercice de leur métier, près de vingt-cinq depuis octobre 2023, selon le film. Cette mémoire de la terre meurtrie se retrouve jusque dans la compétition de courts métrages, où « 66 Jours » de Joude Bazzoun ou « Buffer Zone » de Farrah Berrou racontent, depuis l’étranger ou depuis un village frontalier, le poids d’un retour impossible ou incertain.
Des récits qui débordent le cadre de la guerre
Mais le FFLF tient à son pluriel. La section Transgressions met à l’honneur « Treat Me Like Your Mother » de Mohamad Abdouni, portrait en première française de quatre femmes trans libanaises sur quatre décennies, aux côtés de la comédie burlesque « Les Sœurs de la rotation », où Zeina Sfeir elle-même, présidente du jury 2026, incarne une improbable bonne sœur. Le prisme du thriller social, avec « In This Darkness I See You » de Nadim Tabet et Une disparition de Rakan Mayasi tourné sans acteurs professionnels dans la vallée de la Bekaa, interroge les traditions patriarcales et les violences ordinaires à travers le genre.
La section Matrimoine et Patrimoine rend par ailleurs hommage à deux figures fondatrices du cinéma libanais de guerre, Jocelyne Saab, dont « Les Enfants de la guerre (1976) » est projeté, et Rafik Hajjar, dont « L’Abri (1981) », tourné dans les ruines du centre-ville de Beyrouth, sera présenté dans sa version restaurée. Une séance spéciale est également consacrée à Maroun Baghdadi, cinéaste disparu prématurément en 1993, à travers le regard intime que lui porte sa veuve Souraya dans « Souraya Mon Amour » de Nicolas Khoury.
Un jury à majorité féminine
Présidé par Zeina Sfeir, le jury 2026 réunit notamment la réalisatrice Marie-Rose Ostadont le dernier court métrage a remporté l’Ours d’or à la Berlinale Shorts, le compositeur Bachar Mar-Khalifé, la directrice artistique Gaia Furrer et la productrice Francesca van der Staay, cofondatrice cette année du tout nouveau Festival del Cinema Libanese in Italia. Trente courts métrages ont été retenus sur les soixante-dix reçus par le comité de sélection depuis avril. Nouveauté de cette édition : le public pourra, pour la première fois, décerner son propre prix du meilleur film, à l’issue des séances des 17 et 18 octobre au cinéma Élysées-Lincoln.
La soirée de clôture, le 18 octobre, verra la révélation du palmarès à la suite de la projection de Quelques instants de bonheur de Shaden Safieddine Tazi, tout juste distingué à la Mostra de Venise, avant un cocktail et un DJ set signé Joe Haddad. Comme le résume Zeina Sfeir dans son édito « De Beyrouth à Paris, c’est la même lumière qui traverse le noir d’une salle pour redessiner, sur un mur nu, un visage, une mémoire, un pays ». Paris, Fatima Guémiah.
Festival du Film Libanais de France, du 13 au 18 octobre 2026. Cérémonie d’ouverture à l’Institut du monde arabe (sur invitation) ; projections au cinéma Élysées-Lincoln, Paris 8ᵉ. Billetterie et programme complet sur festivalfilmlibanais.fr



