Maurice : vision et pari ambitieux pour le futur !
Dans notre dernier numéro, celui du mois de septembre/octobre 2006, nous vous avions propos?, l’espace d’un rêve, un rapide tour d’horizon de l’ancienne Ile de France. Désormais la République de Maurice – petit pays de l’Océan Indien, libéré du joug britannique depuis le 12 mars 1968 – est pleinement engagée dans un difficile défi pour gagner le pari du 21e siècle.
Un objectif ambitieux certes, mais pas inaccessible pour une population déterminée et réaliste. Face ? la menace persistante d’une crise socio-économique – conséquence des coûts élevés de l’or noir, de l’érosion des préférences commerciales liée aux réformes du régime sucre de l’Union Européenne (EU) et au démantèlement de l’Accord MultiFibre – Maurice a réagi en prenant certaines décisions pour la survie de son économie.
L’île ne pouvait effectivement pas continuer à s’attarder sur les avantages d’un système » protectionniste et préférentiel ». Afin de relever deux des plus importants challenges qui se posent à l’économie locale – déficit fiscal élevé doublé d’une dette publique de quelques 125 milliards de roupies** sans oublier la détérioration des termes de l’?change – les autorités mauriciennes se devaient d’opter pour une politique économique plus ouverte.
Déjà, en septembre 2005, lors d’un symposium à l’Université de Maurice, Percy Mistry, Président de l’Oxford International Group, plaidait dans ce sens. Il insistait, en effet, pour que les autorités mauriciennes prennent conscience de la nécessité que le pays s’ouvre plus vers l’extérieur. Non seulement par un accroissement des échanges commerciaux mais aussi par une plus large ouverture aux compétences étrangères.
Le nouveau gouvernement mauricien, à majorité travailliste, dirigé par Navin Ramgoolam, Premier Ministre, a semble-t-il bien reçu le message. Le budget 2006-2007, proposé par Rama Sithanen, Vice-Premier ministre, ministre des finances, engage certaines réformes sur le plan économique. Réformes, certes considérées comme efforts difficiles pour la population, mais sans doute nécessaires pour une relance soutenue de la croissance économique.
Ce budget s’inscrit dans une stratégie bien précise : celle de démontrer un réelle volonté politique de faire bouger les choses avec l’objectif de prouver à terme que la République de Maurice se donne désormais les moyens de s’intégrer davantage dans l’économie globale. Budget difficile certes mais réaliste, réformes socio-économiques et ouverture du marché domestique. Le tout dans un souci de mieux convaincre les partenaires internationaux . »….
« Le budget a été bien reçu par l’Union européenne (UE), et nous avons pu démontrer notre volonté de réforme pour sortir d’un modèle de développement basé sur les préférences à une économie qui est globalement compétitive », affirme Rama Sithanen, après une récente visite-marketing sur le vieux continent.
Maurice se doit d’assurer sa transition vers la globalisation. Dans cette perspective, le Ministre des finances a proposé à ses interlocuteurs de l’Union Européenne un plan de développement pour les dix prochaines années. Ce plan – discuté de manière approfondie avec les experts de la Banque Mondiale – est articulé autour de deux grandes ambitions : être d’abord plus compétitif sur la plan commercial, notamment au niveau des produits manufacturiers de la zone franche et du secteur sucre afin de mieux jouer la carte de l’exportation, puis pour créer un climat de confiance dans le but d’attirer et d’augmenter le flux des investissements étrangers.
Deux grandes ambitions qui impliquent, selon l’actuel grand argentier mauricien, quelques critères essentiels: une politique de consolidation fiscale, une modernisation de la fonction publique – en d’autres mots des fonctionnaires plus efficaces et non corrompus – et une réelle démocratisation de l’économie nationale.
Alors comment faire ? La solution passe par une politique axée autour de la création d’emplois durables. » Pour cela « , dixit Rama Sithanen, » Les investissements doivent être portés ? 30% du produit national brut (PNB) alors que la croissance économique doit atteindre 7% «
Pour le ministre des Finances, l’heure est à l’optimisme. La tendance des investissements est actuellement positive. Déjà, dit-il, en 2007 quelques 20 milliards de roupies (Rs)** d’investissement sont prévus à travers le Board of Investment (BOI), contre 7 milliards l’année dernière.
Autre signe encourageant, les derniers chiffres démontrent que les investissements directs étrangers pour les six premiers mois de cette année sont estimés ? Rs. 2 milliards, contre 1 milliard de roupies l’année dernière.
Un budget 2006-2007 caractérisé par une fiscalité très basse, – un régime fiscal uniforme de 15 % pour plaire aux investisseurs et aux entrepreneurs – prévue pour les mois à venir – et qui annonce que Maurice ambitionne de devenir le pont nécessaire entre l’Asie et l’Afrique. Cependant l’Europe et les Etats-Unis ne sont pas oubliés. L’île s’inscrit d’ores et déjà comme l’une des plateformes internationales pour les affaires.
Dans ce paradis de l’Océan Indien, des procédures simplifiées – fusion du permis de travail et du permis de résidence, obtention du droit de travailler en trois jours – font que les investisseurs auront la partie facile. Ils pourront même se tourner vers la possibilité d’employer la main-d’œuvre étrangère pour contrer le manque éventuel de main-d’œuvre locale.
Certes certains secteurs, en accord avec le secteur privé et le monde syndical, ont été ciblés par le gouvernement pour stimuler l’intérêt des investisseurs potentiels : ingénierie légère, pêche, fruits de mer, aquaculture, technologies de l’information et autres développements dans le secteur très porteur du tourisme. Avec un accent particulier sur les projets de l’Integrated Resort Scheme (IRS) (voir interview ci-joint de Nicolas Vaudin)
Les projets IRS sont d’ores et déjà bien entamés. Dans la région est de l’?le, vis-à-vis du magnifique golf de l’?le – aux – cerfs, » Anahita » prend forme alors que l’autre côté, au sud-ouest, près de la baie du Tamarin, au pied de la montagne des Trois mamelles, le Tamarina Golf and Beach resort est déjà une belle réalisation de ce nouveau concept de développement.
- Jacques-Désiré Courtiade
- ** La devise mauricienne : 1 franc suisse = 26 roupies mauriciennes (évolution des devises oblige)





