L’exposition présentée au Musée International de la Réforme de Genève jusqu’au 24 janvier 2027 est une révélation, car si vous pensiez tout savoir de Hodler, de nombreuses surprises vous attendent.
Vous connaissez ses paysages du Léman, ses fresques patriotiques, son symbolisme, ses autoportraits où il ressemble à un paysan bernois. A tel point que vous étiez un peu lassés de tant d’expositions consacrées à ce peintre national presque « trop suisse ». Alors, détrompez-vous, car cette exposition vous fera non seulement comprendre qui était vraiment Hodler (un intellectuel qui lit aussi bien la Bible que Tolstoï et Spinoza), mais qui vous permettra également de découvrir un peintre que vous ne soupçonniez pas.
On ne sera pas surpris qu’au Musée de la Réforme on insiste sur le protestantisme de Hodler. « Profession de foi », titre de l’exposition, semble déjà tout dire. « Au fond, je n’ai jamais peint que des tableaux religieux », a dit Hodler qui va pourtant « au-delà » de cet attachement confessionnel dans une démarche spirituelle que l’on peut qualifier de mystique. Il n’en demeure pas moins que les tableaux exposés dans la première salle (et souvent inconnus du grand public) sont bien l’expression de sa foi réformée. « La Prière dans le canton de Berne » représente un temple comme un espace intime de prière avec une femme en pleine dévotion, un vieillard aux pieds nus installé sous la chaire et un pasteur inspiré levant les yeux au ciel. Encore plus intime, « La Méditation » dépeint un groupe de fidèles debout côte à côte, priant devant le pasteur en soutane noire.
Mais, première surprise, le réalisme de ces toiles est inspiré par la peinture espagnole que Hodler a pu admirer au Prado lors d’un séjour prolongé à Madrid entre 1878 et 1879. Véritable révélation : Velázquez et Ribera font partie de ses maîtres. Il possédait par ailleurs une gravure de Goya et souhaitait même illustrer le Don Quichotte de Cervantès. Hodler hispanophile.
La deuxième salle expose des portraits de vieillards lisant la Bible, synthèse entre un très catholique Ribera et un très protestant Anker (bernois comme lui).
Vous attendiez les fameux paysages lémaniques de Hodler, mais il n’y a que des « Pommiers au bord du Léman », sans doute une volonté des organisateurs conscients que nous les avions déjà vus à satiété. Mais c’est peut-être plutôt une ambition, celle de nous amener à mieux comprendre ce que signifie réellement le « parallélisme », cette doctrine majeure (à la fois picturale, philosophique et métaphysique) et quasi obsessionnelle chez notre peintre. Car il ne s’agit pas seulement de peindre des tableaux alignant en parallèle les éléments d’un paysage ; « Par parallélisme, j’entends toute forme de répétition […] ; c’est une loi de la nature », a écrit Hodler. Ainsi, des figures qui se répètent, des gestes similaires, comme dans « L’Émotion », avec ce groupe de femmes (bien alignées) tourné vers un parterre de fleurs, trouvent chez le peintre la certitude qu’il existe une unité, une harmonie qui dépassent l’être humain. Une présence de Dieu en toute chose.
Autre surprise, ce saint Sébastien sans flèches et sans arbre, dévoilant toute son anatomie, et qui fait de Hodler l’un des rares peintres de son époque à avoir peint le nu masculin.
Sans vouloir tout dévoiler, mentionnons enfin cette invitation à découvrir la tombe de Hodler au cimetière Saint-Georges de Genève décorée par une reproduction de « Chant lointain », œuvre exposée ici, et représentant la femme du peintre les bras en croix dans une robe bleue, couleur de la Vierge.
Ainsi, Ferdinand Hodler, comme il l’affirme lui-même, n’aura jamais peint que des tableaux religieux, et cette exposition en est une illustration magistrale.
Texte : Jean-Michel Wissmer



