
LA GRAZIA : LA GRÂCE film de Paolo SORRENTINO (l’atmosphère sorrentinienne)
Le Réalisateur Paolo Sorrentino après La GRANDE BELLEZZA, un franc succès ! Nous a offert un film que j’avais beaucoup aimé, au dernier Festival de Cannes, PARTHENOPE. L’histoire contée a pris le nom de la sirène très énigmatique et belle qui aurait fondé la légendaire et magnifique ville de Naples, ville dont le metteur en scène est originaire puisqu’il y naquit le 31 mai 1970. Il est jeune (55 ans) vivant avec le poids d’un drame vécu à l’âge de seize années, qui toucha ses parents morts dans un accident tragique. Il fait des études universitaires et devient réalisateur produisant de merveilleux films dont on peut assurer qu’ils dégagent une atmosphère toute sorrentinienne, reconnue de tous. Paolo Sorrentino a pour trait caractéristique, habituel désormais de traquer la beauté sous toutes ses formes, dans la vie.
Cette fois par le film LA GRÂCE, qu’est-ce qu’il entend nous dire par là ? S’agit-il de morale, de bonté d’âme, d’un concept qui participe de la beauté, de la légèreté ou même d’apesanteur ! On retrouve toutes ces définitions du mot dans le récit d’un moment de la vie d’un Président de la République italienne, imaginaire, bien arc-bouté dans ses fonctions qui, dans un dernier élan de réflexion sérieuse, se doit de faire aboutir à la sortie de prison de deux individus, en signant ou pas la grâce présidentielle.
Avant de quitter sa fonction, le Président aura un autre dilemme à résoudre pour la nation : une loi sur l’euthanasie. Ces sujets sont graves et l’apparence de l’homme de responsabilité également. Son allure, sa rigueur morale, ses opinions catholiques profondes.
C’est la gravité de ces sujets de la vie qui, pense-t-il, doit faire de lui un homme de devoir, jusque dans son apparence de tous les instants, mais aussi c’est dans sa mentalité, ses convictions politiques, sa propension au domaine juridique rigoriste.
C’est dans son caractère d’être sérieux jusqu’à l’extrême, ce qui fait souffrir ses enfants qui n’ont pas eu l’occasion souvent de se détendre avec lui. Sa fille sérieuse aussi est son assistante également, férue et spécialiste en droit. C’est elle qui a rédigé la loi sur l’euthanasie à promulguer. Le personnage n’est pas, à proprement parler, un progressiste ! elle, si.
On peut mettre cela sur le compte de la jeunesse puisqu’il souffre de ne plus l’être, écoutant parfois, de plus en plus souvent des chansons rap ! Dans les couloirs grandioses, c’est alors qu’intervient l’atmosphère sorrentinienne, les décors somptueux de locaux gigantesques, disproportionnés presque, se meuvent le Président et sa fille, paraissant seuls pour y incarner le pouvoir. Les locaux aux lambris centenaires, les jardins de leurs promenades, aux arbres centenaires, les terrasses surplombant la ville également.
L’antonymie expliquera toute l’ambiguïté de la vie, de la justice, contribuant à la romance d’un drame, celui de la prise de décision car « Béton Armé », c’est ainsi qu’il sait qu’on le surnomme, en souffre veut finir en beauté, trouver en prenant son temps la sagesse pour résoudre ses deux dossiers de fin de carrière.
Seulement il a un défaut, Mariano de Santis, le Président de fiction – joué parfaitement interprété par le fameux acteur TONI SERVILLO – (primé meilleur acteur à la Mostra de Venise) ; c’est qu’il lui manque le sens de la décision, la capacité de trancher, ses convictions catholiques semblent le faire hésiter car il se veut intègre et un homme du consensus cependant et puis songera-t-il, à l’envi, » à qui appartiennent nos jours » avec un soupçon de fausse humilité. Hanté par la rigueur morale, Mariano de Santis, le Président, peine à se décider à signer les fameuses lois et décisions qui mettront sur le gril son entourage, dont sa fille dévouée, interprétée très judicieusement et avec charme par ANNA FARZETTI.
Paolo SORRENTINO va tout au long de son film sonder, exprimer et faire jaillir un concept par son contraire. Ainsi, par ces décors grandioses et majestueux, on ressent la personnalité du personnage républicain comme petit, ratatiné et mesquin. Par le contraire disais-je, l’antinomie…La légèreté, synonyme de bonheur, l’homme est terne et malheureux. Il ne semble plus concerné ; cependant un autre drame va le sortir de sa torpeur car le cheval de son fier et fidèle garde du corps qu’il apprécie beaucoup et qui est son confident, presque son seul ami doit, après une mauvaise chute malheureusement, être abattu.
Voilà qu’il interdit dans un premier temps, qu’on le fasse car il profite de ce sujet pour mûrir sa décision à propos de l’euthanasie, sur les humains cette fois que sa fille le presse de prendre et dire oui à l’euthanasie. Pour ce faire, des ralentis techniquement interviennent très souvent.
Expliquant magnifiquement bien la souffrance du pauvre cheval, et là on comprend que le principal est de mettre fin aux souffrances. Ralenti aussi pour le cosmonaute filmé, en apesanteur qui doit être ramené sur terre en proie à des problèmes de gravité et de souffrance à cause de problèmes techniques. Le cheval sera délivré et le Président signera la loi sujette à polémique. Paolo Sorrentino a déjà tourné onze films dont sept auront été présentés au Festival du Film de Cannes.
Le président – auquel aucune référence ne sera faite à des présidents existants – vit un enfer intérieur qui le mine et le fait fumer des cigarettes dont il ne peut se passer pour se calmer, car il ne peut se remettre de la mort de sa femme depuis huit années. Il se morfond et s’ennuie alors que dans six mois il sera à la retraite, ce sera pire ! De plus, il soupçonne sa femme de l’avoir trompé avec…le ministre de la justice qui souhaiterait devenir son successeur en tant que Président de la République.
Il s’ensuit des coups bas de sa part, la politique bat son plein et c’est assez drôle tout en restant dramatique car on voit que tout change la robotique contribue à la froideur de l’environnement, la garde rapprochée du président est assurée désormais par un robot, en plus de l’armada de gardes du corps qui protège sa personne. Redonner un souffle d’humanité aux choses, redevenir empathique de façon à ce que l’intelligence et la justice fassent bon ménage avec (alors que tout est lié, le crime et l’euthanasie) les problèmes des gens. C’est ce que, dorénavant, traité « à l’italienne » semble vouloir exprimer les souhaits de la société actuelle. Un régime politique, des fonctions et une république ficelés, dans un habit empesé et désuet, sans contact avec les gens, étant sans doute ce qu’a voulu révéler le film avec intelligence et finesse.
Véronique Vesval.
- Rome







