Après le COVID 19 : en route vers une nouvelle ou … «ancienne» société européenne & mondiale en pire?

Après le COVID 19: en route vers une nouvelle ou vers une «ancienne» société européenne et mondiale en pire ?

Le temps «vide» porté par l’épidémie du Corona virus 19 a amené à une série de réflexions sur le «monde d’après le virus».

La pandémie nous a amenés à prendre conscience des variables non contrôlables de la société, même dans les pays industrialisés.

Après plusieurs semaines de confinement, le scénario des réactions est hétérogène, et je dirais correspond à une nouvelle «lutte de classes» à l’intérieur de la lutte contre le virus.

Cette lutte se reflète dans les discours sur le «après» virus et sur la rapidité à laquelle le système devrait revenir à «la normale».

Il existe plusieurs discours à ces sujets.

Je le résume dans les lignes qui suivent.

  • Il y a ceux, nombreux, qui veulent que tout reparte comme «avant»  et le plus vite possible.
  • La survie étant au centre des préoccupations de cette partie de la population.
  • Malgré le Coronavirus 19, il reste en fait la nécessité de payer les factures et de travailler.

Vu que les aides publiques tardent à arriver dans la plupart des pays européens, et que l’Europe tarde à se mettre d’accord et en marche pour faire face à cette crise sanitaire de façon solidaire, les citoyens prennent en main leur destin et souhaitent repartir au travail.

Conclusion logique et pragmatique des citoyens.

Beaucoup d’indépendants et commerçants sont dans ce groupe. Difficile de rester fermés en attendant «le fonds de solidarité» qui viendra quand les pays du nord de l’Europe seront convaincus de sa nécessité.

Je pense à «en attendant Godo» qui arrivera peut-être, entre-temps les citoyens galèrent.

Les commerçants, les indépendants et les artistes sont les catégories qui ont beaucoup souffert dans cette crise sanitaire.

Ils sont désormais en colère, car ils ont payé un haut prix du confinement.

  • Compréhensible.

Il y a ceux qui ont utilisé dès le début de l’épidémie et qui utilisent encore le langage de guerre pour faire face à l’inquiétude des citoyens.

Les politiciens et les administrateurs sont majoritairement dans ce groupe.

Nous aurions été et serions donc en «guerre» contre le virus.

Cette situation justifierait le lockdown, sans doute nécessaire, mais qui répond aussi à la faiblesse des systèmes hospitaliers européen et américain, et au manque de places dans les services de réanimation, au manque de masques, en somme à un manque de stratégie nationale et européenne en matière sanitaire.

L’épidémie est donc venue mettre ces déficiences en lumière.

  • Inquiétant.

Il y a ceux qui, plutôt des activistes et des intellectuels, qui voient dans ce moment, l’unique l’opportunité de passer à un «autre» monde qui serait plus écologique et plus social.

Cela se ferait tout en gardant le système actuel dans son essence. Sans vraiment nous dire comment cela se ferait sans encore causer des augmentations des prix pour les segments les plus défavorisés de la société. Produire propre coûte, et donc a une répercussion sur les prix à la consommation.

  • Intéressant.

Cette pandémie ayant confiné le monde entier serait, selon ces derniers, une possibilité pour revoir le fonctionnement des systèmes de production au niveau mondial et au niveau national.

Une sorte de crise identitaire qui aurait mis en exergue les contradictions du monde du XXI siècle, suite au Coronavirus.

À mon avis, le virus n’a pas seulement redessiné la géopolitique mondiale.

Le virus a mis en évidence les disparités déjà existantes dans les relations européennes, notamment un axe franco-allemand qui continue de décider, une division entre Europe du Nord et Europe du Sud, un manque de solidarité européenne pour mentionner que les principaux points.

Disparités de vision de ce que l’Europe et l’Union européenne devraient représenter pour les citoyens, disparités de l’impact du virus sur les régions du monde, notamment les moyens de réaction disponibles dans chaque région.

Une géopolitique du virus est aussi apparue.

Le virus se déplace de région en région, il a commencé avec l’Asie, en Chine, par l’Europe, les États unis, l’Amérique latine, et l’Afrique.

Chaque région du monde a réagi à «sa façon» à la crise sanitaire montrant ses fragilités et ses forces.

D’abord, il y a eu la Chine.

Nouvel acteur sur la scène politico-économique mondiale, la Chine est le pays d’où «tout a commencé». La Chine a apparemment omis le nombre exact de morts à Wuhan. Nombre corrigé après quelques semaines sous la pression des États unis qui a pointé du doigt la Chine. La Chine aurait aussi communiqué avec du retard l’expansion de l’épidémie à l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

  • La Chine a remplacé les financements retirés par les États unis à l’OMS. Organisation qui selon le Président américain Trump serait influencée par la Chine.

En conclusion, au G2 du commerce[1] mondial s’ajoute aujourd’hui le G2 de la santé mondiale.

Au milieu de ce débat entre les deux acteurs de la géopolitique mondiale, il y aurait l’OMS qui a rappelé que déjà en fin janvier 2020 elle avait averti de la dangerosité de ce virus et aucun dirigeant politique n’avait réagi.

Symbole de la marginalisation de la marginalisation des Institutions onusiennes, l’OMS alerterait sans que «personne» n’écoute.

Inquiétant.

Mais, ceci est encore un autre débat à avoir sur la pertinence des organisations des Nations Unies et de ses agences spécialisées dans un monde qui se fracture.

Ensuite, le virus a touché l’Europe.

Le virus a touché à toutes les faiblesses de l’Union européenne et de ses pays membres.

Quelle est l’image qui en ressort ?

  • Un continent affaibli et dans le chaos.

Encore une occasion ratée de trouver une position commune.

La fermeture des frontières comme moyen d’endiguer le virus a été une réaction spontanée des pouvoirs publics européens. Quelle créativité !

Comme si fermer les frontières, arrêterait le virus.

Bizarre.

Puis, les nouvelles sont venues des États-Unis: dans la philosophie de leur Président américain Trump son pays n’était pas destiné à être touché par la pandémie, comme le Royaume-Uni d’ailleurs.

Comme si l’hégémonie mondiale américaine bien qu’en déclin pouvait sauver ses citoyens de la maladie.

Surprenant.

Nous avons vaguement entendu parler de l’Amérique latine et de l’Afrique. Il semblerait qu’ils seraient moins touchés. Ils devraient suivre dans la séquence les autres continents déjà touchés par l’épidémie. Il y a le Brésil fortement touché.

Il y a plusieurs aspects qui sautent aux yeux en écoutant les débats et en analysant les discours politiques en Europe[2].

Je les catégorise en deux axes:

  1. Les valeurs de société
  2. Les systèmes productifs

1-. Les valeurs de société

La pandémie du Corona virus a montré encore une fois que la société européenne est fondée sur la valeur argent et sur l’intérêt particulier.

Nous le savions déjà, aucune surprise donc.

Sauf, que dans la situation créée par la pandémie toute la philosophie politique européenne sous-jacente à son fonctionnement a été remise en question.

La nouvelle réalité a montré toutes les limites de l’idée que l’intérêt collectif serait donc, comme prévu dans la théorie libérale,  uniquement que le résultat de la somme des intérêts individuels.

Il a fallu comprendre que notre collectif doit être fondé sur le partage et sur la remise en question de certaines façons de faire et de penser. En somme, que les valeurs fondatrices du libéralisme économique ne marchent pas dans toutes les situations, et surtout pas dans les crises sanitaires.

Il nous faut ouvrir le champ des possibilités.

Le face à face entre compétition et méfiance vis-à-vis partage et confiance a caractérisé la période du confinement strict qui a duré environ trois mois.

Ainsi la dichotomie entre la santé des citoyens et le fonctionnement de l’économie a caractérisé les débats politiques, économiques et sociaux.

La fermeture de toutes les activités économiques à cause du Corona virus 19 a fait craindre le collapse des économies nationales et de la production mondiale.

Perte de production, fermeture d’activités économiques, faillite des magasins, chômage, baisse de la consommation, en somme un désastre économique mondial.

Désastre national, européen et mondial.

  • Crise de système capitaliste?
  • Fin du système capitaliste?
  • Collapse de la pensée unique?

Une série de voix ont lancé l’idée de revoir le système, de changer le fonctionnement de notre monde occidental.

Comme si le Corona virus aurait amené l’humanité à repenser sa vie sur terre.

Comme si la proximité de la mort aurait amené l’humanité à la raison.

Des lueurs d’espoir ont vu le jour.

Une série de valeurs ont été remises en question, notamment la place des aînés, la place des «invisibles» de nos sociétés, la place de l’argent, par exemple.

D’abord, la place des ainés dans nos sociétés d’image.

Être «vieux» dans les sociétés occidentales n’est pas chose simple.

Que faire des maisons pour les personnes âgées «qui ne veulent pas déranger» leurs enfants désormais adultes ?

À partir de quel âge serions-nous âgées et vieux ?

Devant le choix pour les places de réanimations la place a apparemment été donnée aux plus «jeunes» aux dépens des personnes âgées.

Les «vieux» Européens peuvent donc mourir.

Un choix darwinien.

Une société qui a du faire face donc au choix «entre sauver ses jeunes» ou et laisser mourir ses «vieux».

La plupart des morts ont eu lieu dans les «homes» pour personnes âgées.  Ces maisons, avons-nous découvert se sont transformées en des «no man’s land»  qui ont donc été la scène d’une hécatombe.

En Italie, des enquêtes ont été lancées pour déterminer les responsabilités du non-respect des consignes du gouvernement central par certaines régions du nord, notamment la Lombardie.

  • À suivre.

Il y a eu aussi le saut sur le devant de la scène du corps médical, longtemps oublié.  Infirmiers, médecins, urgentistes oubliés par la société de l’image et du profit qui se sont retrouvés à être des «héros» d’une société à la dérive effrayée par la peur de la mort.

Ainsi nos «héros» ont fait face à des milliers de malades, à des conditions de travail inadaptées à l’urgence.

  • On a applaudi aux balcons tous les soirs à 20 heures.
  • On a composé des chansons pour les «héros d’en bas».
  • On a proposé des primes pour leur dévouement.
  • On a construit des hôpitaux dans l’urgence.
  • On a cherché des masques.
  • On a aussi reconverti des hangars en hôpitaux.

Il y a eu des concerts à l’initiative des stars de la musique mondiale, je pense à lady Gaga qui a récolté en une soirée le montant de la contribution des États-Unis à l’OMS (40 millions de dollars).

Des initiatives des citoyens pour faire face à la catastrophe sociétale et faire la charité. Je pense aux initiatives comme «la spesa sospesa» à Naples où «ceux qui ont mettent et ceux qui n’ont pas prennent» dans les paniers suspendus aux balcons.

Dignité napolitaine.

Il y a eu beaucoup d’autres qui sont passées inaperçues et qui ont apporté un rayon d’espoir dans les ténèbres de la pandémie. Je pense aux volontaires qui ont porté les courses aux plus démunis et aux «vieux».

Chaud au cœur et froid au dos en même temps.

Nous avons donc eu besoin de «héros» de la santé pour avoir un espoir. Nous avons donc eu besoin des initiatives citoyennes pour aider les pauvres, et les plus démunis.

Froid dans le dos.

La réalité est que les hôpitaux et les personnels soignants ont été pendant des années délaissés. Ceci étant le résultat des années de libéralisme économique, d’absence de politiques publiques et de décadence culturelle.  Les professionnels de santé ont vu leurs conditions de travail se détériorer au fur et à mesure du temps.

La réalité est que les citoyens ont été abandonnés à leur sort dans la lutte pour la survie, en particulier dans certaines régions européennes.

L’argent vis-à-vis la santé.

Le Marché vis-à-vis l’État providence (concept qui semble si lointain qu’obsolète).

Au début de la crise sanitaire, le confinement semblait devoir être «un accident de parcours»  destiné à se terminer aussi vite qu’il était venu «déranger» notre style de vie de consommation et de distraction.

Il y a vite eu deux camps : ceux qui pensaient au changement possible en termes de valeurs de société; et ceux qui sont pressés de revenir à : comme c’était «avant», car ils craignent le collapse du système et la dérive sociale.

Le changement de cap est nécessaire.

  • Mais, il n’est pas sûr qu’il arrive.

Nous risquons de nous retrouver avec le monde d’avant en pire.

2-. Les systèmes productifs

L’Europe et le monde ont été à l’arrêt.

  • Le confinement a montré la fragilité du système mondial de production.
  • Le chômage, la précarité des entreprises, la faillite des compagnies aériennes, le blocage des activités économiques, la crise alimentaire ont, après seulement quelques semaines ont fait craindre la fin du modèle économique capitaliste.
  • Une possible explosion sociale.
  • Un système au bord de la faillite après seulement quelques semaines de «lockdown» ?
  • Une crise qui favoriserait l’explosion des organisations criminelles et qui serait devenue ingérable au niveau économique.

Qu’est-ce qui ne va plus ?

Le système de production capitaliste mondialisé est au bout de son chemin, disent certains.

Peut-être.

La tentation est de revenir aux nationalisations temporaires des compagnies aériennes à des aides aux entreprises, mais sans remettre en question le système de production capitaliste.

  • La véritable question est celle de la création d’une nouvelle société mondiale.
  • Les revenus universels sont à mettre en place.
  • Les comportements sociaux doivent aussi changer.

Par exemple, préférer la production alimentaire locale doit, là où c’est possible, remplacer la mondialisation de l’économie agricole.

  • La place de l’agriculture notamment pour la rendre plus proche des besoins alimentaires des citoyens est à revoir.

Avoir de la nourriture est devenu pendant la crise une question vitale, car avec la fermeture des frontières un certain nombre de produits n’arrivent plus sur les marchés européens.

Dans cette situation, nous nous sommes rappelé que la nourriture pouvait être aussi produite «chez nous» que les légumes pouvaient être produits «chez nous», que nos agriculteurs avaient de grands potentiels de production, que la planète désormais confinée devait et pouvait être regardée non plus comme une source à exploiter, mais aussi comme une source de vie pour toutes les créatures qui l’habitent.

La proposition d’une production locale plus proche des citoyens a vu le jour.

Pour combien de temps cette nouvelle vision des systèmes productifs va-t-elle tenir ?

Pas facile de faire des prévisions.

Ce qui est évident est la fragilité du système capitaliste qui en quelques semaines a mis la population mondiale dans le dilemme: protection de la vie ou reprise du travail et «des activités productives» ?

  • Étonnant.
  • Inquiétant.

Notre système de production ne peut donc être arrêté sans qu’il y ait des conséquences catastrophiques pour la population et pour la vie sociale.

Il n’y a pas de filets de sécurité.

Il faut créer des filets de sécurité à enclencher dès que le risque de crise sanitaire ou autre crise serait à nos portes.

En fait, il faut penser à un revenu universel qui serait suffisant pour que les citoyens puissent vivre, donnant à ceux qui veulent «plus» la possibilité de travailler s’ils le peuvent et s’ils le souhaitent.

Mais, si nous changions les termes actuels, à savoir avoir une allocation universelle qui garantisse un toit et de la nourriture pour tous, le travail serait un plus qui apporterait à ceux qui le veulent une marge supplémentaire de manœuvre dans la vie quotidienne.

Une société européenne, un système productif et un monde à réinventer sur la base d’autres valeurs individuelles et sociales.

Des valeurs qui seraient plus socialisantes et moins individualistes.

  1. La société d’avant, mais en pire

On nous avait annoncé «un changement».

On retrouve un monde plus embrasé que jamais par les violences policières, le racisme, la fragmentation sociale, les divisions entre pays, un système multilatéral affaibli et un monde conflictuel.

Désormais, il est reconnu ouvertement que l’économie doit reprendre.

Sans une réflexion en profondeur pour faire face à ce qui «ne va pas. »

  • Ce qui  ne va pas c’est le marché à outrance.
  • Ce qui ne va pas c’est d’emprunter sur les marchés pour financer les économies pour payer avec des intérêts trente ans plus tard.

Solidarité, fraternité, partage, humanisme : ce sont des mots que le marché ne connait pas !

Une vraie «révolution culturelle» mondiale est plus que jamais nécessaire faute de quoi la paix dans le monde sera menacée.

La paix mondiale est déjà menacée par l’affaiblissement du système multilatéral mondial tant des Nations Unies, dont la crise de pertinence ne date pas des derniers mois, par les blocages de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) ainsi que par la violence des disparités entre les riches et les pauvres.

Il y a ensuite une tension dans la société mondiale qui se révèle après le coronavirus de façon encore plus claire.

Une tension liée aux violences policières dans plusieurs pays du monde, à l’affaiblissement de l’État, à la fragmentation sociale liée à la digitalisation excessive des fonctions productives, à la volatilisation des emplois et des ancrages sociaux.

En somme, la société virtuelle qui nie les humains et qui se cache derrière les ordinateurs et les réseaux sociaux pour ne pas faire face aux défis de la déshumanisation de la société européenne et de la société mondiale ne pourra tenir à long terme.

  • Une autre société doit être rêvée et envisagée.

L’utopie reste nécessaire pour imaginer un nouveau monde.


[1]  Pour l’analyse de la géopolitique du commerce, se référer au livre : Global Governance Trade and the Crisis in Europe. Disponible sur : www.fnac.fr.

[2] Cet article concentre son attention sur l’Europe.

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