Paolo Dall’Oglio, un jésuite italien atypique, ferme défenseur du dialogue interreligieux, a passé 30 ans en Syrie. Il est le fondateur de la communauté monastique de Mar Mussa, au nord de Damas. Il était à New York pour expliquer à un petit groupe de journalistes, les réalités du conflit syrien, parler du rôle des chrétiens et de celui d’autres minorités, ainsi que de l’avenir du pays

Paolo Dall’Oglio

Paolo Dall’Oglio Paolo Dall’Oglio découvre en 1982 les ruines du monastère de Mar Mûsa el-Habashi dont les origines remontent au VIe siècle et s’y installe. En 1984, il est ordonné prêtre de rite syriaque catholique et décide de restaurer le monastère qui devient très vite un lieu d’hospitalité, et de dialogue interreligieux. En 1992, il fonde une communauté religieuse œcuménique mixte, la communauté d’al-Khalil (« l’ami de Dieu, » en arabe), qui n’aura de cesse de prôner le dialogue islamo-chrétien.
Très vite, après le début du soulèvement syrien, il organise des groupes de discussions sur le thème de la « non-violence » provoquant l’ire du gouvernement. Les bombardements continus, le siège de Homs et le déplacement massif de ses habitants, y compris des 150.000 chrétiens, le poussent à prendre fait et cause pour les habitants de Homs, « des gens courageux » et pour la Syrie, son pays d’adoption, son pays de cœur. Il n’hésite pas à critiquer ouvertement le régime Assad, ‘une bande de menteurs et de voyous’. « Je suis certain que finalement, les manifestants gagneront, assure t’il, car ils sont du bon côté. Ils se battent pour leur liberté. »
Le gouvernement syrien vient de l’expulser au prétexte qu’il a invité des amis du cinéaste activiste Basel Shahade (un chrétien tué à Homs en mai dernier) au monastère pour leur permettre de prier et de pleurer la mort de leur ami, -ses funérailles avaient été interdites par le régime syrien. « Je me considère comme un sans-abri et me considérerai comme tel, jusqu’à ce que je rentre en Syrie », dit-il le visage grave.
Pour lui, le spectre de la guerre civile qui se profile à l’horizon représente ‘le pire des scenario.’ S’il ne nie pas la présence d’extrémistes sur le terrain : « ils étaient là bien avant, ce n’est pas nouveau », affirme-t-il, il en connait les risques et avoue qu’en mai dernier, il a envoyé une lettre ouverte à Kofi Annan pour lui expliquer les dangers de leur présence sur le sol syrien. « Il ne m’a jamais répondu, dit-il. »
Il reconnait que la question des Alaouites, est une question délicate car ils ont été liés au régime et risquent de se battre jusqu’au dernier pour ne pas retomber dans l’état de parias opprimés. « Il y a des alaouites qui sont contre le régime et qui ont souffert de la répression du régime », dit-il tout en admettant qu’il a le risque réel que la Syrie devienne le champ d’une guerre civile à caractère ethnique ou confessionnelle. « Il faudra vraiment travailler à l’élaboration d’une constitution à même de protéger la mosaïque de la société syrienne. Cela demande un vrai niveau de responsabilité de la part de ceux qui sont en train de vaincre et qui sont en majorité sunnites. Il en va du futur de la nation syrienne. C’est la raison pour laquelle je demande l’assistance de la communauté internationale. Pour aider les meilleurs à avoir le dessus, explique-t-il. »
Pour cet homme de dialogue, pour ce défenseur des droits humains, il n’est pas acceptable que les Nations Unies et la communauté internationale observent les événements passivement, de l’extérieur. « Le monde est témoin d’une tragédie humaine et ne fait rien, alors que plus de 20,000 personnes ont été assassinées par le régime al-Assad. » Il souhaiterait que l’ONU remplisse son rôle : « nous avons maintenant besoin d’une force de l’ONU qui viendrait séparer les civils qui se battent les uns contre les autres. Nous n’avons pas besoin d’une autorisation de l’ONU pour l’envoi de forces occidentales ». Les choses s’accélèrent dit-il, la défection récente du premier ministre y est pour beaucoup. « je pense que dans les prochaines semaines, le gouvernement de Mr.al-Assad viendra a son terme. « il n’y aura plus personnes pour remplacer les personnes qui quittent son gouvernement de marionnettes. Le régime lui-même va tomber. »
Célhia de Lavarène, Nations Unies, New York, Aout 2012

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